lundi 3 mars 2014

Take Aim at the Police Van (Seijun Suzuki, 1960)



Un fourgon rempli de prisonniers est attaqué et deux d'entre eux sont tués. Le gardien Tamon (Michitaro Mizushima), mis à pied six mois, utilise son temps libre pour enquêter sur l'affaire. Ses principaux suspects sont la sœur d'un des hommes abattus, un survivant ayant répété un nom plusieurs fois et une jeune fille à la tête d'une organisation (Misako Watanabe).

Des polars produits par la Nikkatsu issus du coffret Eclipse, celui-ci est le seul à avoir été réalisé par un futur grand metteur en scène, Seijun Suzuki. Petit à petit, il poussera les audaces psychédéliques jusqu'au point de non-retour (Le Vagabond de Tokyo, La Barrière de la chair et surtout l'hallucinant La Marque du tueur) mais en 1960 il est encore un artisan réalisant des séries B à la chaîne comme un Terence Fisher alignerait les œuvres de science-fiction avant de bifurquer avec plus de brio dans le fantastique.
Cependant, Take Aim at the Police Van n'est pas complètement dénué de l'inventivité coutumière du cinéaste. En témoignent une introduction pleine d'humour (le sniper embusqué qui révèle petit à petit les panneaux routiers finissants par indiquer " attention, zone dangereuse "), une intrigante scène navigant de notre héros en train à Misako Watanabe en voiture puis aux méchants embusqués dans un bus que celle-ci dépasse ou encore l'excellente fin à la gare de triage remplie d'audaces visuelles. Contrairement à une Jeunesse de la bête - dont on retrouve occasionnellement l'atmosphère de boites de nuit pop - ou à un Vagabond de Tokyo, les grands moments de surréalisme sont encore trop dilués mais Take Aim at the Police Van montre déjà un cinéaste entreprenant petit à petit de casser les codes des studios, jusqu'à le payer par une décennie complète de chômage technique lorsque ceux-ci lui feront payer les outrances de La Marque du tueur.




L'intrigue est pour le moins nébuleuse, parfois même incompréhensible et les actions des tueurs flirtent souvent avec le n'importe quoi tant ils semblent s'acharner à ne pas tuer le héros dès qu'ils le peuvent ou à s'y prendre des pires manières possibles. Ainsi l'idée du camion enflammé est certes l'une des meilleures du film sur le plan visuel, mais s'inscrit aussi parmi les pires façons d'éliminer des témoins jamais vues au cinéma. Scénaristiquement, le moyen côtoie le très mauvais et Suzuki semble beaucoup plus intéressé par les situations qu'il peut créer que par la manière de les relier les unes aux autres : rien ne justifie l'assassinat d'une strip-teaseuse à coups de flèche dans le sein, mais l'effet est suffisamment marquant pour le faire accepter. On remarque aussi la capacité quasi-surnaturelle de notre détective à être toujours présent pile à l'endroit et au moment ou quelque chose se passe, tandis que la partie whodunit est désespérément prévisible (croyez-le ou nom, le seul personnage secondaire qui ne sert à rien est le grand méchant tapi dans l'ombre). Tout ce bâclage narratif, assez compréhensible du fait que Suzuki ait tourné pas moins de 14 films entre 1959 et 1961, s'incarne enfin par deux personnages principaux à la relation trop sommairement esquissée. Enfin, force est de constater que le rythme est très inégalement tenu et qu'on attend trop souvent le rebondissement qui parviendra à relancer le récit, Tamon ayant tendance à se contenter de déambuler et de poser des questions à des midinettes.



En dépit ces carences d'écriture, le duo Mizushima/Watanabe fonctionne correctement et le score jazzy est agréable. Quoique mineur, Take Aim at the Police Van pourrait être une bonne introduction au cinéma de Seijun Suzuki avant de découvrir ses grands films où les expérimentations peuvent très facilement dérouter le néophyte ; doté d'un casting moins prestigieux que Rusty Knife, il lui est toutefois supérieur du fait d'une mise en scène beaucoup plus inventive et de fulgurances visuelles qui manquent à bien des polars routiniers. Vaut plus comme annonciateur de belles promesses bientôt réalisées que pour ce qu'il est réellement, mais intéressant tout de même.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire