samedi 4 janvier 2014

Kung-fu Masters (Clement Cheng et Derek Kwok, 2010)

 


Leung (Wong You-nam), un jeune agent immobilier gaffeur, rencontre Tigre (Leung Siu-lung) et Dragon (Chen Kuan-tai), deux vieux experts en kung-fu attendant depuis trente ans le réveil de leur maître Law (Teddy Robin) qui végète dans le coma. Après une attaque de promoteurs immobiliers, Law se réveille mais confond Leung avec ses vrais disciples.

Lorsque des cinéastes " déterrent " un genre passé de mode, l'amateur est toujours tiraillé entre le plaisir de revoir ses figures favorites et la crainte d'un projet opportuniste tablant sur le sentiment de nostalgie. Ici, la mode rétro lancée par Tarantino et Rodriguez avec leur projet Grindhouse trouve donc une réponse hongkongaise reprenant d'ailleurs l'idée de la pellicule volontairement usée et du mélange des genres. Ainsi, le générique animé et l'excellente musique renvoient plus aux westerns spaghettis qu'à Chang Cheh, mais on retrouve également les cris à la Bruce Lee, les zooms intempestifs sur le visage des personnages, les séquences d'entrainement Shaolin façon Liu Chia-Liang et surtout, un excellent casting porté par Leung Siu-lung (le guerrier emprisonné dans le Crazy kung-fu de Stephen Chow) et Chen Kuan-tai, l'un des héros récurrents de la Shaw Brothers dont le plus grand rôle reste certainement celui du Justicier de Shanghai. Et voir la vieille garde du cinéma d'arts martiaux prendre un plaisir évident à montrer qu'ils savent encore se battre a quelque chose de réjouissant ; là ou un Expendables, par exemple, ne montrait jamais ses vieux briscards au combat (les doublures y étaient omniprésentes) on est ici stupéfait par la forme physique de Leung Siu-lung lors de l'affrontement final.



Là ou Kung-fu masters est un film profondément sincère, c'est qu'il ne cède jamais au jeunisme. Qu'on ne soit pas trompé par les premières scènes placées du point de vue de Wong You-nam : ce n'est pas lui qui sera au premier plan mais les vétérans, à commencer par un Teddy Robin absolument déchaîné en maître libidineux, tyrannique et imprévisible. Par exemple, alors que les héros habituels du cinéma d'arts martiaux aspiraient souvent à la paix et à la non-violence, ici le grand maître conseille à ses élèves de se battre jusqu'à plus soif et ne leur évite le combat que parce qu'il sait qu'ils se feront probablement casser la figure.

Une autre singularité appréciable est le fait que les méchants sont en fait relativement sympathiques et semblent d'ailleurs être les premiers admiratifs devant la vitalité des anciens. La fin est d'ailleurs une belle leçon de respect mutuel et d'humilité, il faut dire que les tyranniques despotes d'hier ont fait place à des administratifs et des comptables aujourd'hui (la scène ou les belligérants révèlent leurs titres de gloire façon " Maitre Jin, responsable du service des finances locales " est un très grand moment d'hilarité). De même, les règles pour pratiquer les arts martiaux sont désormais les suivantes : pas de cheveux longs, pas de pratiquants moches et pas de gens faisant ça pour éviter de grossir !



Est-ce que Kung-fu masters est un chef d'œuvre ? Certainement pas, loin s'en faut. L'humour cantonnais est très inégal (mais fournit ici largement son quota de rires) et on a parfois l'impression que certains personnages auraient mérité un développement psychologique plus important, comme l'adversaire de Leung Siu-lung. Néanmoins, le film nous fait rire non pas de ses personnages mais avec eux, sans le moindre cynisme. Finalement, la meilleure blague dans Kung-fu masters est le fait que les combats sont excellents (le chorégraphe Yuen Tak participa à plusieurs des meilleurs Tsui Hark des années 90) et que le film remplit parfaitement son contrat de revival agréable et vivifiant. Une petite perle à découvrir.

Note : le film fut d'abord exploité sous le titre Gallants avant que ses droits ne soient acquis par Wild Side.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire