mercredi 21 mai 2014

Ulysse contre Hercule (Mario Caiano, 1962)



En aveuglant le Cyclope engendré par Neptune, Ulysse (Georges Marchal)  a déclenché la colère des dieux. Ceux-ci lui envoient Hercule (Michael Lane), fils de Jupiter, afin de le capturer. Pendant qu'Hercule part capturer un adversaire qui utilise toute son ingéniosité pour échapper à ses poursuivants, la femme aimée d'Hercule, Hélène (Alessandra Panaro) fait l'objets des attentions de son rival Adraste.

Enfin une confrontation de personnages mythiques qui en soit vraiment une ; en effet, les personnages de Samson contre Hercule étaient non seulement identiques - deux gros costauds sans attributions particulières - mais devenaient alliés passées les cinq premières minutes. Ici, ils possèdent les attributs spécifiques de leurs héros et on a donc un Ulysse malin pourchassé par un Hercule comptant sur sa force physique. Le scénario est plutôt intelligemment construit : après le conflit vient la nécessité de coopérer contre une armée d'hommes-oiseaux, puis à la suite de la capture d'Ulysse le duo est séparé avant de se retrouver pour un combat contre une horde de troglodytes. Certes, nous ne sommes pas chez Mankiewicz mais cela permet à Ulysse contre Hercule de se suivre relativement mieux que le diptyque de Parolini. Comme celui-ci, Caiano n'hésite d'ailleurs pas à invoquer l'humour, de manière plus épisodique mais aussi plus fine (notamment le jeu de devinettes entre le roi fou et Ulysse, " Pourquoi les dieux ont crée les hommes ? " " Pour que quelqu'un puisse les vénérer. " " Pourquoi les hommes ont crée les dieux ? " " Pour le plaisir de blasphémer. "). On notera un mélange de noms grecs et romains concernant les divinités (Minerve et Junon, Jupiter et Prométhée) qui devrait provoquer quelques étranglements chez les férus de mythologie.



Ulysse contre Hercule fut le premier film du talentueux Mario Caiano. Si celui-ci reste avant tout connu pour Les Amants d'outre-tombe, l'un des classiques du fantastique italien, il est surprenant de constater qu'on en trouve quelques prémices dès son péplum introductif. Quelques séquences horrifiques kitschs (Ulysse menacé d'écrasement, la délirante danse des hommes-oiseaux) et une atmosphère parfois pesante montrent déjà en Caiano un très bon cinéaste lorsqu'il s'agit de créer une ambiance. Si il s'en sort aussi plutôt bien lors des rares moments d'action, il rate en revanche dans les grandes largeurs tout ce qui a trait à la relation entre Hercule et Hélène, peu aidé par un casting en pilotage automatique. Ni Georges Marchal en Ulysse ni Michael Lane en Hercule ni Alessandra Panaro en Hélène n'arrivent à donner une prestation un tant soit peu convaincante et leur médiocrité vient trop souvent détacher le spectateur du film ; sans la lumineuse Barbara Steele qui fit beaucoup pour le succès des Amants d'outre-tombe, Caiano semble malheureusement limité rayon direction d'acteurs.



L'autre défaut majeur réside dans l'évidente pauvreté du budget contre laquelle Caiano bute, et qui se concrétise par le nombre très faible de séquences d'action : il faut ainsi attendre dix minutes avant la fin du film pour voir Hercule commencer à montrer ses biceps. La séquence chez les homme-oiseaux sonne comme du remplissage et on peut avoir l'impression que Caiano cherche désespérément à rajouter des intrigues, au demeurant peu palpitantes, pour cacher le fait qu'il ne peut pas se permettre de grandes batailles ou de moments épiques. C'est d'autant plus dommage que le scope et la photo semblent avoir été préservés des réductions de budget et sont de toute beauté.

Sans atteindre les sommets herculéens signés Cottafavi ou Francisci, Mario Caiano montre dès son premier film un talent certain de metteur en scène et redresse légèrement la barre après plusieurs films très médiocres. L'originalité du script - le duo antagoniste qui fonctionne bien, la forte présence du désert et de troglodytes qui font parfois penser à La Planète des singes - ne parvient pas à faire oublier que le péplum italien se dirige progressivement vers sa fin, mais Ulysse contre Hercule se regarde avec indulgence.

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