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jeudi 10 avril 2014

Un Colt pour trois salopards (Burt Kennedy, 1971)


Les trois frères Clemens, Frank (Jack Elam), Rufus (Strother Martin) et Emmett (Ernest Borgnine) commettent un braquage qui vire au massacre, puis violent Hannie (Raquel Welch) et tuent son mari. Hannie rencontre un chasseur de primes, Thomas (Robert Culp) et le supplie de l’entraîner afin qu'elle puisse exercer sa vengeance. D'abord réticent, Thomas finit par accepter.

Difficile de savoir par quel bout prendre ce ratage intégral qui en fait de fusion entre l'univers du western traditionnel américain et les excès transalpins ne parvient qu'à ajouter une dimension racoleuse à l'ennui. Pourtant, le casting est loin d’être le plus honteux qu'on ait vu : Raquel Welch, Jack Elam, Christopher Lee, Ernest Borgnine et Strother Martin sont tous des acteurs de prestige et semblent se donner au maximum, quitte dans le cas des trois frères à céder au cabotinage le plus complet. En réalité, la réponse est apportée par Robert Culp en chasseur de primes : son inexpressivité est navrante et il gâche tous ses face-à-face avec Raquel Welch. Pourtant, on ne perçoit rapidement plus la différence de niveau de jeu entre lui et les autres du fait que l'inconsistance de leurs personnages vide ceux-ci de tout intérêt. Welch est une jolie vengeresse, et rien d'autre. Martin, Borgnine et Elam ne sont qu'un trio de frères dont on ne sait si ils sont plus méchants que bêtes, ou l'inverse ; enfin Christopher Lee semble se demander ce qu'il fait là et n'est pas le seul. Kennedy donne l'impression de penser que des bons acteurs peuvent suffire à palier une écriture déficiente mais ici il ne reste qu'une accumulation de poncifs et des personnages vus et revus, incapable de susciter la moindre émotion.



On a pu critiquer sur ce blog la mise en scène des Collines de la terreur de Michael Winner, qui ne contenaient qu'un seul vrai moment de brio - la scène finale -. Mais Kennedy ne se révèle même pas d'un niveau équivalent et alterne entre un désespérant statisme et quelques idées qui n'échappent jamais au grotesque. Les zooms sont à peine digne d'un western italien de série Z, et l'emploi d'une sorte de ralenti de ralenti (en gros, imaginez une scène de La Horde sauvage ou un cadavre s'écroule, mais encore ralentie) finit de donner l'impression d'une absence complète de rigueur formelle. Une scène a priori banale en est l'exemple le plus criant : comment auriez-vous filmé un personnage ouvrant une petite boite pour en offrir le contenu à sa voisine ? Bon, quelle que soit votre réponse, celle de Burt Kennedy est la suivante : gros plan sur la boite, puis zoom arrière combiné avec un travelling vertical. Dit comme ça, ça ne ressemble à rien ; sur l'écran, c'est pire. Les flashbacks sont également d'un rare laideur et au final, quelques effets de style de ce genre nous font presque apprécier le statisme qui règne en maître le reste du temps.



Bref, en l'absence d'une mise en scène digne de ce nom, seule une certaine inventivité narrative aurait pu maintenir le film à flots, d'autant plus que Kennedy fut un brillant scénariste notamment pour Budd Boetticher. Sauf qu'entre les dix minutes d'introduction et les vingt voyant la vengeance de Welch se réaliser, il ne se passe rien d'un minimum intéressant durant pratiquement trois quarts d'heure, trois quarts d'heure durant lesquels se succèdent les séquences d'initiation entre Culp et Welsh, les flashbacks et les engueulades inconséquentes entre les trois frères. L'humour ne fonctionne jamais et pire, instaure une distance malvenue entre le spectateur et ce qu'il regarde ( " Papa me manque " " T'avais qu'à pas le tuer ").

On aurait envie de trouver un moment de grâce, une idée, un plan qui justifie le visionnage d'Un colt pour trois salopards mais privé de la rigueur classique des westerns traditionnels comme de l'inventivité des meilleurs concurrents italiens, il semble condamné à rester un produit bâtard dont les velléités hybrides pouvaient séduire sur le papier mais s'avèrent finalement désastreuses. En tout cas, la preuve qu'un amour inconditionnel pour Raquel Welch peut aboutir à bien des déceptions.

lundi 31 mars 2014

Hercule contre les vampires (Mario Bava et Franco Prosperi, 1961)



L'usurpateur Lico (Christopher Lee), souverain d'Ecalia, a envoûté Déjanire, la fiancée d'Hercule (Reg Park). Pour la guérir, il doit se rendre aux Enfers avec l'aide de son ami Thesus et de Télémaque afin d'y trouver la pierre de vie. Mais avant, Hercule doit s'emparer de la pomme d'or cachée sur un immense arbre du jardin des Héspérides.

Point de vampire à l'horizon dans ce péplum dont les distributeurs, probablement ceux qui quelques années plus tard renommeraient Django ou Trinita des westerns sans rapport avec les héros sus-cités, louchaient sans doute avec opportunisme du coté de la Hammer ou Christopher Lee avait pu s'illustrer dans le rôle du comte Dracula. Bien que son personnage ne soit ici qu'un sorcier assez banal, il s'agit du péplum poussant le plus loin les influences fantastiques qui venaient ici et là se greffer aux films de Cottafavi ou Francisci, dont Bava fut le directeur de la photographie. Durant une heure vingt, Hercule contre les vampires est un festival de délires chromatiques, de couleurs saturées et d'effets de style (les apparitions furtives de Lico, les mains tentant de sortir des tombes) pour le moins incongrus dans l'univers du péplum. Pour un budget réduit qui ne fut que sa deuxième réalisation officielle après Le Masque du démon - il aurait toutefois collaboré entre autres aux Vampires de Freda et à la Bataille de Marathon de Tourneur - le brio visuel est d'autant plus impressionnant et sur ce plan, il s'agit du film le plus abouti de la série Hercule. Hélas, on n'en dira autant ni du scénario ni de l'interprétation.



Là ou Cottafavi avait su brillamment combler les lacunes de Reg Park en faisant de son personnage un héros attentiste et pratiquement pacifiste, ici Hercule traverse le film avec un regard donnant l'impression de ne pas trop savoir ou il est. Les scènes qui auraient nécessité une véritable dramaturgie en pâtissent énormément (la perte de son compagnon préféré semble le laisser indifférent) et Bava n'arrange rien en l'affublant d'un sidekick comique réussissant à taper sur nos nerfs encore plus fortement que l'Ulysse des deux premiers opus. Christopher Lee est évidemment meilleur mais il est loin de ses performances Hammeriennes ou de celle qu'il donnera pour Le corps et le fouet du même réalisateur. Les péripéties s’enchaînent sans grande logique narrative si ce n'est de permettre à Bava de multiplier les filtres colorés et les menaces improbables, dont un homme de pierre absolument grotesque, des fantômes plus réussis et un beau moment ou Hercule manque de peu de se faire broyer dans une sorte de montagne. Il est en revanche dommage qu'Hercule résolve la quasi-totalité des problèmes à coups de pierre en pleine face et on aurait apprécié un peu plus de variété dans ses techniques de combat.



Hormis l'excellent Hercule à la conquête de l'Atlantide, les scénarios des Hercule précédents n'étaient jamais des merveilles de psychologie mais ils parvenaient à équilibrer l'univers mythologique et la fantaisie. En plongeant tête la première dans un univers aux accents baroques, Bava perd de vue ses personnages qui en deviennent des pantins monolithiques auxquels on peine énormément à s'attacher. Il semble d'ailleurs beaucoup moins inspiré lors des scènes " naturelles " mais leur nombre très réduit rend ce problème accessoire.
Au fond, le principal défaut de cet opus est d'avoir été réalisé par un cinéaste qui donnera un bon nombre d’œuvres plus convaincantes à l'esthétique similaire ; pour rester dans le domaine coloré et grand-guignolesque, le giallo Six femmes pour l'assassin est plus cohérent esthétiquement et bien plus travaillé dans son intrigue. Il reste toutefois le chant du cygne d'une série dont les réductions de budget, le succès décroissant et les interprétations défaillantes allaient rapidement aboutir à une chute qualitative conséquente. Quant à Bava, il s'imposerait facilement comme l'un des plus talentueux cinéastes italiens des années 60, prouvant ici que même un de ses films les plus mineurs peut toutefois éclipser la majeure partie de la concurrence.